Low cost : l’envers du décor

Le modèle low cost (bas coût) est ambigu : personne ne souhaite payer plus cher pour le même service mais tout le monde sent confusément que si c’est pas cher ce n’est peut-être pas très honnête…

L’ambiguité du low cost c’est qu’il est au carrefour de trois thèmes socio-économiques contradictoires :

  • le choix de besoins maîtrisés, d’une vie sobre et peu dispendieuse,
  • une quête féroce de contraction de tous les coûts (salaires, hygiène et sécurité, qualité de travail, droits sociaux),
  • la paupérisation subie des classes moyennes.

Acheter à Lidl par exemple, ce peut être une marque de déclassement (on n’a pas les moyens d’aller ailleurs), ou faire le choix d’un mode de consommation simple et sans marques. Mais c’est aussi volens nolens accepter les règles de la concurrence sauvage.

C’est ce que montre l’envers du décor dévoilé par le reportage d’hier soir (18/05) sur France 2, Toxiques affaires. Constat édifiant : derrière les jeans à 20€, les tee-shirts pas chers, le short à 9,99€, il y a le travail d’enfants et d’adolescents, 12 heures par jour, 6 ou 7 jours sur sept dans des conditions innommables dans des ateliers de Dakka, au Bengladesh. Et nos grandes enseignes, main sur le coeur, juré craché, ne savaient pas, même si elles importent depuis des années…

Le paradoxe est là : acheter pas cher, qui semble déjouer les règles de la société de consommation, encourage les pires déviances de ce modèle qu’est la société de consommation.

Le modèle low cost des compagnies aériennes est un peu différent : il est basé sur les aides publiques. L’argent des contribuables participe de ce funeste chantage : après avoir réduit à l’indigent les facteurs salaires, sécurité, confort, Ryanair vend sa participation au «développement économique» de la région en soutirant de grosses subventions aux collectivités, notamment au Conseil Régional. Certains aéroports (Carcassonne par ex) finissent par dépendre à 100% de ces compagnies. Le poisson est ferré. Et le prix payé par l’usager est parfois quasi-nul parce qu’il a été payé par nos impôts.

Quant au coût écologique, pollution, réchauffement climatique, prédation des ressources : qui s’en préoccupe?

Les écologistes proposent d’en finir avec ce volet du capitalisme mondialisé : ce choix de développement n’est ni viable ni durable. Il y en a assez d’être aux mains de ces condottieres sans scrupules. Nous demandons l’arrêt total des subventions et le réinvestissement dans la promotion d’un tourisme de qualité respectueux des équilibres locaux.

Qu’en pensent nos élus? Pour Damien Alary, qui rêve lui aussi des touristes chinois, «ce serait folie», d’accord en cela avec le responsable de la branche transport de Véolia, tiens donc! (voir Midi Libre, 26-04-2012, Subventions : turbulences sur les aéroports de la région)

Autre article : Midi Libre, 10-05-2012, Ryanair fait planer la menace d’un retrait des aéroports de la région.

 

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