Dépassements d’honoraires : quand le privé gagne le public

Les dépassements d’honoraires à l’hôpital public sont une des choses les plus perverses de notre système de santé, qui n’en manque pourtant pas (de perversité).

Le magazine 60 millions de consommateurs nous apprend que sur les quarante actes chirurgicaux passés au crible « le taux de dépassement moyen oscille entre 68% et 408% du tarif sécu correspondant ». En 2010, sur les 4.524 praticiens autorisés à pratiquer une activité privée au sein de l’hôpital public, 1.864 étaient inscrits en secteur 2, donc avec possibilité de dépassements d’honoraires.

Les chirurgiens considèrent ça comme une façon de revaloriser des actes que l’Etat ne se décide pas à réévaluer : une lutte légitime en quelque sorte pour leur pouvoir d’achat. Et ils font ça «avec humanité», c’est-à-dire qu’ils tiennent compte de la situation financière des patients.

Ce qui est en jeu bien sûr c’est l’incurie de l’Etat qui se défausse et livre l’hôpital public aux pratiques libérales. Mais ce qui choque aussi c’est que tous nos médecins et chirurgiens ont été formés gratuitement par l’Etat dans nos hôpitaux et universités, et que tout le système ne tient que par le remboursement par l’Etat (la sécurité sociale) des actes médicaux : il y a donc un contrat moral et financier entre nous (la nation) et nos médecins qui est au coeur de l’Etat-providence moderne, et ce contrat est rompu.

Le citoyen est ici livré à une discrimination par l’argent dans une situation où il est le moins à même de décider librement : parce qu’il est malade ou blessé. Une situation donc où il est le moins citoyen : fragilisé par la maladie, la peur de la souffrance, livré au pouvoir médical, celui d’un savoir dominant, plongé dans un monde (l’hôpital) qu’il ne comprend pas, le patient est dans une situation de parfaite soumission. Qui mettra quelques centaines d’euros en balance avec sa guérison?

Dans plus de 50% des cas disent les enquêtes le dépassement d’honoraires est demandé au cours de l’épisode de soins. Ces enquêtes montrent aussi que personne ne se plaint des dépassements d’honoraires, «par peur d’avoir à nouveau affaire au même praticien»!

Il faut dire aux médecins que s’ils ont des revendications légitimes qu’ils se battent à travers leurs organisations représentatives et dans un cadre de négociations publiques : ce n’est pas aux patients de payer! Et à tous de refuser ces pratiques autant que possible, de ne pas croire qu’un chirurgien qui demande plus cher est meilleur : c’est le contraire, et surtout de s’informer : sur le site de la Sécurité sociale, Ameli.fr, auprès de l’Etablissement public concerné, aux services sociaux-médicaux les plus proches. Ou encore auprès des associations de malades et patients, nombreuses et informées.

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